Nos outils modernes, qui nous permettent d'accéder et d'intervenir dans ce que bêtement nous appelons le monde virtuel, nous poussent à une distanciation parfois effarante.
Ainsi, depuis des jours et des jours (des semaines en fait) je suis penché devant des écrans plats qui retracent les mondes traversés, les émotions ressenties, les personnes aimées, haies, combattues, appuyées, ignorées, oubliées.

Encore une fois j'essaye de cacher ces guerres, ces horreurs, ces détresses qu'il semble impossible de montrer à voir.
Plus pour me préserver des cauchemars qui me hantent que pour adoucir mon propos?

Tout cet univers qui surgit pour me rappeler aux traces laissées sur mon passage.

Et il faut que cela se passe ici, où personne ne regarde.
De toutes manières, les endroits que personne ne regarde sont souvent ceux qui recèlent le plus de secrets.
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Je me souviens de ce cabinet.
De cette jolie femme aux cheveux roux si extraordinaires; de son regard subtilement prometteur et moqueur; des jambes fines gainées de noir qu'elle laissait entrevoir et appuyait contre les miennes.
De son ton mesuré. Combien de femmes médecins n'ai-je pas vu agir de la sorte?
Tandis que tout le haut de leur corps affiche une attitude professionnelle, le bas vous communique une toute autre température.
Et l'on se laisse faire. Tandis que le vent fait 'agiter les rideaux, que le bruit de la cour, étouffé par les fenêtres, évoque une vie tranquille, le tumulte étouffé de deux êtres se joint.